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Les semailles
Findhorn est le nom d'une baie et d'un village côtier situés à deux cents kilomètres au nord de la capitale de l'Ecosse. En ce lieu semi-désertique, la côte rocheuse battue par les vents et par les vagues n'accueille qu'une végétation naturelle clairsemée, propre aux climats quasi-subarctiques.
C'est dans cette région quelque peu sauvage que, vers la fin des années cinquante, vit confortablement la famille Caddy, dont le père, Peter, est directeur d'un grand hôtel de tourisme en pleine prospérité. Très religieux, le couple pratique intensément la prière et la méditation et, depuis de nombreuses années, se conforme en toutes choses aux directives spirituelles ou "guidances" que reçoit Eileen au cours de ses méditations. La pleine réussite dans les affaires de l'hôtel n'est pas étrangère à ces informations captées d'un autre monde. Pourtant, un jour de l'automne 1962, un évènement imprévisible vient brutalement modifier le cours de la vie prospère et confortable des Caddy : le propriétaire décide de la cessation d'activité de l'hôtel, privant du même coup ses gérants d'emploi et de logement. Les Caddy et leurs trois garçons s'installent, en compagnie de leur ancienne collaboratrice et amie Dorothy, dans la grande caravane familiale stationnée sur le terrain de campement de Findhorn. Provisoirement, pensent-ils, puisque Peter, tout en suivant les indications qui lui sont "transmises" d'aménager et d'agrémenter leur nouveau lieu de vie, consacre une partie de son temps à rechercher un emploi. Mais toutes ses tentatives échouent inexplicablement en dépit de ses capacités avérées et d'un marché du travail florissant, totalement à l'opposé de ce que l'on connaît aujourd'hui.
Toujours selon les conseils - ou plutôt les instructions - que reçoit Eileen, à laquelle s'est jointe Dorothy dans la méditation et le "channelling", Peter entreprend l'invraisemblable tâche de créer un petit jardin potager de quelques mètres carrés pour tenter d'y faire pousser salades et radis. Les sables et les graviers constituent en ce lieu l'essentiel d'un sol où ne poussent alors que des ajoncs parsemés de chardons.
C'est à l'aide d'un compost patiemment fabriqué à l'aide de paille, d'algues et de crottin de cheval ramassé par toute la famille dans les pâtures des environs que le sol est peu à peu amendé. Le travail à effectuer était colossal mais Peter ne pouvait se laisser aller au découragement : "J'avais appris qu'en travaillant dans un état de concentration totale et en aimant ce que je faisais, je pouvais instiller de la lumière dans la terre. C'est une chose difficile à expliquer, mais j'étais réellement conscient des radiations de lumière et d'amour qui passaient à travers moi lorsque je travaillais. Je ne m'en rendis compte qu'au moment où je tins la bêche entre mes mains et me mis à creuser. Alors, comme quand un pôle négatif et un pôle positif sont reliés et produisent de l'électricité, l'énergie s'écoula de moi à travers le sol. Ce travail avait transformé ce lieu et créé un impalpable mur de lumière, comme un champ de force, autour de la caravane."
La croissance
Les événements prennent bientôt une autre tournure. par un matin de mai, deux mois à peine après le démarrage du jardin, Dorothy entre en contact, au cours d'une méditation, avec un esprit du royaume des plantes, un déva ou "ange", des pois en l'occurence : "Nous savions - explique Peter- que les dévas font partie de la hiérarchie angélique qui maintient le modèle archétypal de chaque espèce et canalise l'énergie pour aider une plante à prendre forme sur plan physique. "
Et c'est le début d'une longue et extraordinaire collaboration. D'abord timides, les dévas des différentes espèces se mettent, de plus en plus nombreux, à aider et à conseiller les jardiniers, apparemment ravis d'être reconnus par les hommes. Non seulement le jardin peut s'agrandir, mais les légumes, les fruits et les fleurs sont magnifiques. Au cours de l'été de 1964, les choux récoltés pèsent jusqu'à dix-sept et dix-neuf kilos ! Naturellement des problèmes surviennent parfois, comme des pucerons ou des parasites divers, mais toujours les précieux conseils des dévas remettent vite tout en ordre. Bien entendu, nul engrais chimique, nul insecticide ne sont utilisés.
Indépendamment des contacts de Dorothy avec les dévas, les "guidances" d'Eileen se poursuivent, apportant peu à peu le sens de tout cela : "Nous étions en train d'explorer quelque chose de nouveau. L'homme occidental du XXe siècle était en train de se mettre à travailler de manière consciente avec les aspects spirituels des royaumes de la Nature... C'est alors que nous avons commencé à comprendre pourquoi nous avions dû quitter cet hôtel où tout nous était donné sur le plan matériel. Nous étions en train de nous préparer pour vivre avec une nouvelle conscience de la vie, et nous devions apprendre, une fois pour toutes, ce pouvoir qu'a l'homme de créer son propre monde." Peter abandonne alors définitivement l'idée de rechercher un travail pour se consacrer exclusivement à la mission. L'entreprise prospère tant sur le plan matériel que sur le plan spirituel et bientôt quelques rencontres providentielles vont apporter un nouveau développement à l'aventure.
Des récoltes aussi spectaculaires, produites par un sol aussi peu fertile, attirent de nombreux curieux des environs. Puis, c'est de plus en plus loin que viennent les visiteurs. Les années 70 notamment voient affluer, en provenance de nombreux pays, un nombre toujours croissant d'"ésotouristes" et de consommateurs de "karma-cola", mais parmi eux quelques "chercheurs" d'un haut niveau spirituel sont invités à se joindre à la petite communauté pour en assurer le développement et la pérennité. C'est ainsi que petit à petit le minuscule jardin croît en cultures et en constructions de bois, devenant au fil des années un petit village où une vie laborieuse et spirituelle s'organise.
Trente ans après...
Il est déjà bien loin le temps des premiers légumes géants qui propulsa le renom de la petite communauté familiale dans le monde entier. De fait l'enfance et l'adolescence se sont passées, chargées de joies et de moments difficiles, à l'image de l'évolution cyclique de tout ce qui vit, c'est-à-dire, ultimement, de tout ce qui existe. La Fondation Findhorn, aujourd'hui dans l'âge de la maturité, est sans conteste l'un des pôles de référence quant à l'avènement d'une nouvelle conscience, particulièrement dans les relations intimes que l'homme du troisième millénaire entretiendra avec la Nature qu'il avait auparavant si cruellement maltraitée, durant l'ère de la Modernité. La fondation demeure un lieu animé - au sens propre du terme - où vivent en permanence plus de 300 personnes de toutes nationalités et horizons spirituels, qui partagent leur recherche et leur expérience avec près de 10 000 visiteurs chaque année. Selon les propres termes de ses porte-paroles, la vie de la communauté s'axe sur l'application des "principes spirituels dans la vie quotidienne à travers le travail, la relation avec les autres et l'expression de respect et de souci pour notre Terre".
L'émergence même de cette nouvelle conscience, rendue possible par la réussite incontestable de l'aventure de Findhorn, atteste que, malgré les temps difficiles dans lesquels nous sommes entrés et ceux, plus rudes encore, auxquels nous serons probablement confrontés, des ferments sont déjà en place qui permettront, le moment venu, de vivre une nouvelle Renaissance dans l'Ere du Verseau, sous le signe de l'harmonie avec la nature et du respect des lois du vivant.
Michel Kurz
Bibliographie :
Les Jardins de Findhorn, The Findhorn Community, Nature & Progrès, 1987
Findhorn, trente ans après, Carol Riddel, Le Souffle d'Or, 1992
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