retour       imprimer  
   
Chateaubriand ou l'âme passionnée d'un Breton (1)
Nicolas HELLEGOUARCH
Un soir de l'an 1768, alors que la tempête se déchaînait sur la côte bretonne, naquit, à Saint-Malo, François-René de Chateaubriand.

Enfant, il passait des heures à contempler la mer. Lorsqu'il eut neuf ans, sa famille s'installa à Combourg, en Ille et Vilaine, à une quarantaine kilomètres au sud de Saint-Malo, dans un triste château aux allures romanesques. Dans ce cadre grandiose et effrayant, propice aux rêveries solitaires et aux envolées de l'imagination, s'éveilla sa vocation de poète.

 

A vingt-trois ans, il prit la mer pour l'Amérique. Ces contrées vierges où il vécut quelques mois, au contact des Indiens, fécondèrent son inspiration.

 

Royaliste fidèle, il rentra en France après l'arrestation de Louis XVI en 1792 et rejoignit l'armée des émigrés. Il vécut ensuite sept ans d'exil à Londres, dans l'extrême pauvreté. Puis il mena de front, sous l'Empire et la Restauration, une double carrière politique et littéraire. Il séjourna à Rome et visita l'Orient.

 

Mort en 1848, il est enterré à Saint-Malo, à la pointe du Grand-Bé, face à la mer.

 

Est-il étonnant qu'il ait été Breton, ce voyageur à la vie aventureuse et passionnée, qui, en ouvrant la voie à l'imagination, au sentiment et à la spontanéité créatrice, a préparé l'avènement du romantisme ; ce poète qui a su si bien dire ce mal de l'âme, cette aspiration vers l'infini, qui, s'ils ne s'expriment plus de la même façon qu'au début du XIXe siècle, sont bien toujours ce que ressentent à des degrés divers, cachés sous la timidité ou un cynisme apparent, tant d'entre nous ?

 

"Souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait : je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : 'Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande."

           

"Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.

 

"La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur, que j'aurais la puissance de créer des mondes."(René)

 

(1)Aux lecteurs intéressés par Chateaubriand, nous conseillons la lecture de Atala et de René.

 

 

Nicolas HELLEGOUARCH

 

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.