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La Kabbale, c'est d'abord la Révélation : Moïse reçoit la Loi, l'Enseignement Divin mais à charge de le retransmettre. Cette retransmission se fera d'une manière "hiérarchique" : il initiera d'abord Josué qui enseignera les Anciens ; eux-mêmes enseigneront les prophètes, ceux-ci enseigneront les membres de la Grande Synagogue et ces derniers, le peuple. Cette transmission de la Loi est, à l'origine orale,. Ce n'est que bien plus tard que Moïse codifiera les enseignements au sein des chapitres de l'Ancien Testament qui s'intitulent "Exode, Nombres, Lévitique".
L'origine de la Kabbale
Ce sont les prophètes, au premier rang desquels se trouve Moïse, qui à travers leurs visions extraordinaires ont été les ancêtres de la Kabbale.
On va assister ensuite à l'éclosion d'une véritable philosophie religieuse notamment au IIIè siècle avant JC grâce à la secte des Esséniens celle-ci sera influencée par les Stoïciens et par la suite en Palestine, en Afrique du Nord et à Babylone, par la théologie musulmane.
Avec l'époque de la diaspora, la doctrine secrète va cheminer et s'enrichir de l'apport de nombreuses nations.
Du IIè au Vè siècle après JC apparaît le courant talmudique avec les Docteurs de la Mishna (Aqiba et Johannan Ben Zakkaï) qui vont compiler la législation religieuse.
Puis se développe le courant de la "Mystique de la Merkavah" qui spéculera sur la vision du Char Divin d'Ezéchiel. L'enseignement de ce courant est que nous devons arrriver à la même vision qu'Ezéchiel, c'est-à-dire accomplir l'ascension vers le trône divin par une démarche initiatique.
De cette époque date la littérature des Hekhalot qui tentent de décrire la structure des mondes divins, expliquant qu'ils se décomposent en sept Palais célestes gardés chacun par une hiérarchie d'êtres célestes. Ces sept Palais ne sont rien d'autre que les sept étapes que doit franchir l'initié avant d'atteindre la dernière porte où il devra affronter des gardiens terrifiants aux yeux de flamme. S'il parvient à pénétrer il sera alors accompagné par des anges au trône de Dieu.
Un autre corpus ésotérique occupe une place importante à cette époque : le traité de Sefer-Yetsira (Livre de la Création). Ce traité expose que Dieu créa le monde par "Sefer", les Nombres, c'est-à-dire les Mesures et "Sippour", les vingt-deux Lettres de l'alphabet hébraïque, autrement dit le Verbe. On trouve dans ce traité la fameuse doctrine des Séfirot.
Nombres et Verbe sont intimement liés. Ainsi dans le Sepher Ila Bahir, les kabbalistes juifs de Provence au XIIè siècle appelaient "Paroles" (Moamaroth) les dix sphères de la manifestation divine que les mystiques postérieurs nommèrent Nombres (Séfirot).
Mais jusqu'au XIIè siècle, la Kabbale reste un courant de pensée souterrain. A partir du XIIè siècle la Kabbale va s'ouvrir et conquérir la place publique. D'ailleurs du XIIè au XVIè siècle on note une recrudescence des spéculations ésotériques.
Au XIIè siècle en France, on assiste à l'éclosion de communautés juives renommées en Provence avec Abraham Ben David de Posquières et son fils Isaac dit l'Aveugle (considéré comme le Père de la Kabbale).
En Espagne, les cercles kabbalistiques catalans permettent la diffusion de la Kabbale de la Provence jusqu'en Castille, avec par exemple le Cénacle de Gérone dans lequel on trouve des Kabbalistes très connus : Nahmanide, sous l'influence duquel la Kabbale devint une doctrine cohérente, et Aboulafia. Ce dernier a marqué la Kabbale par son Sefer-Ha-Tséruf, dans lequel il s'attache à déchiffrer les diverses combinaisons de l'alphabet hébraïque.
C'est au XIVè siècle que Moïse de Léon, Kabbaliste espagnol retrouve le "Zohar" ou "Livre de la splendeur" attribué à Rabbi Siméon Bar Yohaï (IIIè siècle après JC). Ce traité est le plus important de la Torah. Le Zohar va alors se hisser au rang de la Bible.
Au XVè siècle, les Kabbalistes espagnols sont obligés de s'exiler et vont répandre la doctrine dans les pays où ils s'installeront.
Ainsi, grâce à eux, on va assister au début du XVIè siècle à un renouveau doctrinal à Safed en Galilée avec éclosion de confréries où l'on va vivre cette mystique. Moïse Cordovero en sera le premier formateur. Aussi Isaac Louria, le "Saint Lion" va prolonger cet enseignement avec sa théorie au Tiqqûn (qui est l'action énergique que l'homme doit développer pour redresser l'ordre cosmique primitif, menacé par les forces du chaos).Au XVIIè siècle en Pologne le Besht (Rabbi Israël Ben Eliezer) créera le courant hassidique, qui privilégiera la pureté de cœur, l'idéal de vie religieuse et la vertu, sur l'étude de la Torah. L'idéal du hassid est ainsi d'arriver par une pratique assidue, à l'état d'impassibilité et de sérénité. Il devient alors un Tsaddiq, un Juste, occupant une fonction intermédiaire entre ses frères et Dieu.
Le hassadisme va se développer en Europe orientale. Ce courant va disparaître à la seconde guerre mondiale. Après celle-ci, sous l'impulsion des jeunes en recherche d'identité juive, vont éclore aux Etats-Unis des communautés axées sur l'étude et la pratique de la Torah, tels les Rabbis de Lou Bavietch.
Comment approcher la loi ?
Les Kabbalistes nous enseignent qu'il existe quatre niveaux d'approche de la Loi :
- perusch, ou la lecture littérale de la Loi. C'est le niveau de la connaissance sensible.
- pescher, c'est le niveau des commentaires de la Loi qui nous permettent ainsi de remonter à l'essence des choses,
- derasch, c'est l'interprétation symbolique de la Loi en essayant d'en saisir le sens philosophico-allégorique. C'est la méthode talmudique qui passe par une approche intuitive de la Loi
- Bé-ur, c'est se projeter au cœur de la Loi en essayant d'en saisir la signification profonde. C'est le niveau où l'initié devient "Amant de l'Ecriture", et connaît l'extase. Ceci est à mettre en relation avec le yoga oriental où le candidat doit entrer en union et se fondre avec la Vérité.
Ce dernier niveau est l'objet de la Kabbale car le chercheur n'est plus passif ; il devient acteur. La Kabbale est ainsi plus qu'une voie de recherche, une voie d'expérimentation et d'initiation : c'est une Mystique humaine.
LA Kabbale et la conception du monde et de l'Homme
L'Homme pense couramment qu'il existe deux mondes, croyant fermement qu'ils sont séparés l'un de l'autre. La Kabbale renferme l'idée que ces deux mondes forment une seule et même réalité. Ils se sont momentanément séparés et l'Homme doit alors collaborer à une œuvre d'unification par la vie sainte qu'il doit mener. Ainsi, le but de toute démarche religieuse est de rétablir l'Union entre Dieu et sa création. Appliquer la Torah est un acte de coopération avec Dieu. Nous devons donc refuser la fragmentation et considérer tout ce qui existe comme une unité qui émane de l'omniprésence de Dieu. Le Kabbaliste s'efforce de réunir le Ciel et la Terre. L'Homme est ainsi un lieur de mondes. Par son action théurgique, il fait entrer en résonnance les divers plans de réalité et active la relation sympathique qui les unie. La relation de l'Homme avec Dieu est la relation entre deux niveaux de manifestation d'une réalité unique.
C'est pourquoi avec la Kabbale, nous sommes projetés au cœur de la Mystique juive. Cette mystique est centrée sur le concept de Dieu, qui se manifeste à nous par ses attributs. La Torah, c'est la manifestation de la sagesse divine. Les commandements ou lois ne sont que des enseignements adaptés à l'entendement humain, de lois universelles.
La Kabbale nous explique aussi que la destinée humaine a une finalité : Servir Dieu, notre source spirituelle. Or, Dieu est inconnaissable. Comment alors servir l'inconnu ? La Torah nous explique que l'Homme ne connaît que les œuvres de Dieu. Il doit donc chercher à savoir qui ("Mi") a créé tout cela ("Eleh"). De la combinaison de "Mi" et de "Eleh" est formé le nom divin "Elohim".
Mais comment connaître ce Dieu invisible, et dont les capacités dépassent notre entendement ? C'est en exécutant sa mission cosmique et en acceptant le volonté de Dieu que l'Homme franchira les différents niveaux d'initiation et de conscience pour atteindre le plan de l'Intelligence Cosmique.
Ainsi l'Arbre des Séfirot ou Arbre de Vie n'est qu'une échelle cosmique grâce à laquelle l'Homme pourra retrouver son créateur. De plus, l'Homme doit comprendre qu'il incarne lui-même cet arbre complet non actualisé, et qu'il doit, s'il veut connaître Dieu, accomplir sa propre ascension intérieure.
La Kabbale est ainsi la Science de l'Etre.
M. ATHON
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