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Combien vaut la vie ?
Delia Steinberg Guzman
Il est difficile de répondre à cette question alors que tant d’hommes et de femmes meurent chaque jour. Maladies, accidents, guerres et guérillas, terrorisme et délinquance... sont les visages habituels de la mort.

Combien vaut la vie pour chacun ?

 

Cela dépend de l’estime que l’on se porte et des circonstances dans lesquelles on se trouve. Pour l’égoïste, la vie n’a pas prix et pour cela il est disposé à payer n’importe quoi pour elle. Pour le faible et l’incertain, la vie est un poids difficile à supporter et, au delà du simple instinct de conservation physique, il souhaite souvent abandonner ce monde. Pour celui qui est jeune, la vie est une accumulation d’années par lesquelles, d’une manière ou d’une autre, il obtiendra le bonheur. Pour celui qui est vieux, la vie vaut minute après minute, parce que chaque jour on l’apprécie plus par sa proximité avec la fin pressentie. Pour le malade, la vie est une douleur et vaut peu. Pour celui qui est malheureux, la vie est une torture exempte de prix. Pour celui qui se sent heureux, la vie est un trésor...

 

Combien vaut la vie des autres ?

 

Cela dépend de tant de choses... et surtout de la façon de mesurer. Pour celui qui tue de sang froid (si cette froideur existe bien dans le fond de l’être...) un homme est à peine un objet dont il faut se détacher. Pour celui qui meurt pour une cause qu’il considère juste, la vie est le meilleur tribut qu’il peut offrir à sa raison d’exister.

Malgré tout ce qui est prêché sur l’égalité ou la non importance des inégalités, qu’elles soient sociales, ethniques, religieuses, sexuelles ou de nationalité, les vies, selon de qui il s’agit, n’ont pas le même prix. Prévalent encore les «qualités» et ce n’est pas la même chose de tuer les uns que les autres.

 

La prolifération d’informations sur les attentats, les massacres, les révoltes sanglantes, les guerres civiles, les persécutions, fait perdre réalité à ces faits. On finit par les voir comme une fiction ; tuer et mourir font partie des nouvelles quotidiennes. Malheureusement, on prête peu d’attention à de telles catastrophes. Ou en tout cas on pense - bien qu’on ne le dise pas – «cela est si loin d’où je vis, pourquoi je m’en préoccuperais ?».

 

Un peu d’argent est suffisant pour tuer. Un règlement de comptes est résolu brutalement parce qu’il n’y a pas possibilité de dialoguer. Les ennemis ne sont pas ceux que l’on affronte dans une guerre, mais, au contraire, on transforme en guerre la plus petite différence d’opinion qui donne le droit de tuer. Le prestige de la fortune économique fait que les gens tombent dans les plus grandes atrocités au nom de ces dieux sans rang ni figure qui existent seulement sur les billets de banque.

 

Quel est le prix de la vie ?

 

Pendant ce temps, on défend passionnément le droit à la vie : non à l’avortement et non à l’euthanasie. Il est nécessaire de vivre à tout prix pour pouvoir mourir de n’importe quoi. Comment concilier ce respect avec les faits quotidiens ? Comment faire que la valeur de la vie soit authentique et non une fiction littéraire ou le rêve de quelques-uns ? Dans la longue - ou courte, selon le point de vue - histoire de l’humanité, il y eut des milliers d’attentats contre la vie. Mais cette histoire fut le produit des vivants, de ceux pour qui la valeur de l’existence fut d’aller de l’avant, dans l’anonymat le plus obscur mais avec dignité.

Quel est le prix de la vie ? Il nous semble que le moment est arrivé, de l’évaluer et de lui donner à nouveau un sens plus profond qu’un simple jaillissement d’étincelle sur la scène du monde. Et surtout, de faire que chacun se sente fier de vivre pour employer ses jours de manière utile et active. Un autre rêve ? Peut être ; mais c’est à nous, les hommes, de le transformer en réalité.

 

Traduit de l’espagnol par Isabelle Ohmann

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.